L’OAT : les trois lettres qui peuvent peser sur votre crédit immobilier

Vous entrez chez votre banquier. Vous lui dites : « Bonjour, je voudrais emprunter 300 000 euros sur 25 ans. » Et là, évidemment, il ne vous répond pas : « Attendez deux secondes, je vais regarder combien l’État français paie pour emprunter sur 10 ans. » Pourtant… Quelque part dans la mécanique du crédit…

Déjà : OAT, ça veut dire quoi ?

OAT signifie :

Obligation Assimilable du Trésor.

Dit comme ça, ça ne donne pas immédiatement envie d’en parler à l’apéro.

Alors faisons beaucoup plus simple.

L’État français dépense de l’argent.

Routes.

Écoles.

Hôpitaux.

Salaires publics.

Investissements.

Remboursement de dettes précédentes.

Et, comme quasiment tous les États, il emprunte également de l’argent.

Pour emprunter à moyen et long terme, la France émet notamment des OAT, dont les maturités vont de 2 à 50 ans.

En gros, l’État dit aux investisseurs :

« Prêtez-moi de l’argent aujourd’hui, je vous rémunère, puis je vous rembourse selon les conditions prévues. »

C’est ça, une obligation.

Imaginez maintenant une énorme vente aux enchères

L’État cherche des milliards d’euros.

Des banques, assureurs, fonds d’investissement et autres investisseurs peuvent acheter sa dette.

Mais ils vont évidemment se poser une question :

« Combien vais-je être rémunéré pour prêter mon argent ? »

Et la réponse dépend notamment des conditions de marché, des anticipations d’inflation, de la politique monétaire, de la croissance et de la perception du risque.

C’est ici qu’apparaît ce que tout le monde appelle :

le taux de l’OAT.

Dans le monde immobilier, on parle énormément de l’OAT 10 ans, parce que les rendements à long terme donnent une indication importante sur le niveau général des taux de marché à long terme.

L’Agence France Trésor publie notamment une référence à dix ans, le TEC 10, calculée à partir d’OAT proches d’une maturité de dix ans.

Alors pourquoi votre banquier regarde-t-il ça ?

Parce qu’une banque est une entreprise.

Et une banque qui vous prête 300 000 € sur 20 ou 25 ans doit elle aussi gérer le coût de son argent, son risque et sa rentabilité.

Elle dispose de plusieurs sources de financement.

Les dépôts de ses clients.

Le marché interbancaire.

Les marchés financiers.

Ses émissions obligataires.

Les opérations avec la banque centrale.

Bref : elle ne trouve pas vos 300 000 € sous un coussin.

Et lorsque les taux de marché à long terme augmentent, le coût auquel les banques peuvent se financer ou couvrir leurs engagements à long terme peut également évoluer.

L’OAT constitue donc l’un des thermomètres observés par les professionnels du crédit.

Attention au mot important :

Un thermomètre.

Pas une télécommande.

OAT +0,30 % = crédit immobilier +0,30 % ?

Non.

Et c’est probablement la chose la plus importante à comprendre.

Si l’OAT monte de 0,30 point aujourd’hui, votre banque ne reçoit pas une notification lui disant :

« Merci d’augmenter tous les crédits immobiliers de 0,30 % demain matin. »

Le taux proposé par une banque dépend de beaucoup d’éléments.

Son coût de financement.

Ses objectifs commerciaux.

Sa marge.

La concurrence.

La durée du prêt.

Le montant emprunté.

Votre apport.

Vos revenus.

Votre métier.

Votre épargne.

Votre potentiel commercial.

Votre risque.

Et parfois simplement de son envie, à cet instant précis, de gagner de nouveaux clients.

C’est pour cela que les taux immobiliers ne reproduisent jamais parfaitement la courbe de l’OAT.

Imaginez plutôt une boulangerie

Une boulangerie vend une baguette.

Le prix du blé augmente.

La baguette va-t-elle automatiquement augmenter exactement du même montant le lendemain ?

Non.

Parce qu’il y a aussi :

L’électricité.

Les salaires.

Le loyer.

La concurrence.

La marge du boulanger.

Sa stratégie commerciale.

Pour une banque, c’est pareil.

L’OAT est l’un des ingrédients.

Pas la recette complète.

Mais pourquoi entend-on toujours parler de l’OAT 10 ans ?

Parce qu’elle donne une photographie du coût de l’argent à long terme sur les marchés français.

Or un prêt immobilier est généralement lui aussi un engagement long.

15 ans.

20 ans.

25 ans.

Les deux univers sont donc liés par le même environnement financier à long terme.

Cela ne signifie pas qu’un crédit immobilier de 20 ans correspond à une OAT de 10 ans.

Cela signifie simplement que les marchés obligataires donnent des indications très utiles sur la direction générale du coût de l’argent à long terme.

Et la BCE là-dedans ?

Vous voyez maintenant les dominos ?

La BCE agit principalement sur les conditions monétaires et les taux courts.

Les investisseurs anticipent ensuite l’avenir :

Inflation ?

Croissance ?

Futures décisions de la BCE ?

Situation économique ?

Risque ?

Ces anticipations influencent les taux à long terme.

Et ces taux à long terme influencent à leur tour l’environnement dans lequel travaillent les banques.

Vous commencez à voir la chaîne :

BCE → marchés → OAT → financement bancaire → politique de la banque → votre crédit.

Avec évidemment beaucoup de nuances entre chaque étape.

Faut-il regarder l’OAT tous les matins avant d’acheter une maison ?

Non.

Gardez votre café tranquille.

Un projet immobilier se décide rarement parce que l’OAT a pris ou perdu quelques centièmes cette semaine.

En revanche, suivre sa tendance permet aux professionnels d’anticiper certaines évolutions du marché.

Et c’est précisément ce qui permet de mieux comprendre pourquoi les conditions de crédit évoluent.

Parce que lorsque le marché bouge, la bonne question n’est pas uniquement :

« Quel est le meilleur taux aujourd’hui ? »

La question est aussi :

« Quelle banque veut mon profil aujourd’hui ? »

Et ça…

C’est justement le sujet du prochain article.

Pourquoi votre voisin a-t-il obtenu un meilleur taux que vous ?

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